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Didier Georges Gabily est mort au mois d’août 1996. Il répétait alors Dom Juan / Chimère, diptyque composé de la pièce de Molière et de son texte Chimères et autres bestioles.

Il est important de saluer 20 ans après cet auteur trop peu joué aujourd’hui et dont la puissance de l’œuvre, publiée chez Actes Sud, s’impose à quiconque la lit.

L’intransigeance et la générosité de sa langue m’ont toujours frappé. Mais une générosité qui n’épargne pas, qui fouille, qui scrute, qui révèle, et qui donc respecte le lecteur. Une langue qui palpite, qui brusque, qui se déploie et inonde, qui sculpte, créé des rythmes par de multiples mouvements.

Souvent visionnaire, son œuvre, à la pensée aiguisée, interrompue trop tôt, trouve un écho sidérant avec le monde brutal et bouleversé qui nous entoure.

Ecrivain, metteur en scène, pédagogue, il refusait au théâtre la seule fonction de divertissement. Face à la perte de sens, au prêt à penser, au politiquement correct, donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : "Que peut faire le théâtre ? Simplement peut-être, retrouver une toute petite fonction qui serait d'être l'endroit où les choses impossibles à faire ailleurs pourraient se manifester. Qu'est-ce que le théâtre peut manifester? Poser la question de savoir s'il peut encore témoigner du monde ou de quoi que ce soit qui y ressemblerait."

Puissance de la langue contre l’abrutissement du tout image, avènement d’un théâtre choral, organique. Contre le théâtre du quotidien et son naturalisme, convoquer la force des mythes fondateurs au sein du monde contemporain. Et pour cela, bâtir un pont entre les anciens et les modernes sur un plateau devenu « théâtre des opérations », creuser, fouiller, extraire : « Comment la misère du monde s’enracine dans la mythologie ? D’où la nécessité de repasser par le vieux terreau des Atrides et de dire qu’au fond ce n’est jamais que d’une famille que naissent toutes les guerres. Il y a des prémonitions sur le terrorisme actuel – il n’aurait pas mis ce mot -, mais il dit : « Les villes sont des champ de mines. » Ce n’est pas un hasard si Sarajevo l’avait travaillé à ce point. Il cherchait à comprendre ces guerres civiles démultipliées en repartant des mythologies : qu’est ce que la famille trahie, à venger, vengée, se vengeant ? » (Bruno Tackels)

Si les pièces sont peu jouées aujourd’hui, elles sont, par contre, travaillées fréquemment au sein des écoles de théâtre. Manifestement, les jeunes acteurs en devenir éprouvent un saisissement face à une œuvre animée du désir d’embrasser le monde, sans complaisance et donc avec une immense humanité. Saisissement qui fut aussi le mien il y a de nombreuses années à l’instant de la découverte des textes de Didier Georges Gabily, lorsque, ensemble et avec d’autres, nous errions « dans tous les chemins contournés et creux, pleins d’abrupt et de rêve ».

 

Jean-François Matignon

DIDIER - GEORGES GABILY 

La compagnie Fraction a souhaité rendre hommage à Didier-Georges Gabily en organisant et en participant à plusieurs rendez-vous autour de son oeuvre.

Elle a présenté Reconstitution en juin dernier au Petit 38 à Grenoble, Marguerite L. au 70ème Festival d’Avignon ainsi qu’au Pot au noir à Rivoiranche en septembre dernier. 

Cet automne elle a encadré un stage pour jeunes comédiens professionnels à la Fabrica à Avignon autour de Violences. 

Le dernier rendez-vous a été au Théâtre Monfort avec la lecture du scénario Quintette.

Photographie de Guy Delahaye 

LES ÉVÉNEMENTS PASSÉS

« Reconstitution » du 3 au 4 juin 2016 à 20h30 au Petit 38 (38 rue Saint-Laurent à Grenoble)

« Marguerite L. » du 17 au 21 juillet 2016 à 17h à la Maison Jean Vilar dans le cadre du 70 ème Festival d'Avignon

- Stage pour comédien(ne)s professionnel(le)s du 10 au 19 octobre 2016 à la FabricA à Avignon

- Lecture de Quintette le 14 novembre 2016 au Théâtre Monfort à Paris